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Nouvelles technologies

Comment sécuriser le financement de ses chaînes d’approvisionnement ?


Le déploiement de plates-formes financières numériques et l’exploitation de technologies de pointe constituent des solutions clés. everything possible / Shutterstock

Avec le fort ralentissement du commerce international, les chaînes d’approvisionnement (ou « supply chains ») ont fait l’objet de nombreux débats ces derniers mois. Si les experts et journalistes ont surtout focalisé leurs analyses sur la question des ruptures d’approvisionnement à l’échelle mondiale ou la problématique de l’optimisation et de la relocalisation des chaînes de valeur, la question du financement des supply chain a, elle, peu été abordée.

Or, pour fonctionner efficacement, les supply chains nécessitent d’être bien financées. Nous pouvons résumer ce concept à travers ce qu’on appelle la « supply chain finance » (SCF).

Selon l’entreprise de supply chain finance Prime Revenue, elle se définit comme « un ensemble de solutions qui améliorent les flux de trésorerie en permettant aux entreprises d’optimiser leurs conditions de paiement à leurs fournisseurs tout en offrant la possibilité à leurs grands fournisseurs et aux petites et moyennes entreprises d’être payés plus tôt ».

Elle est considérée comme un outil important pour résoudre certains problèmes actuels de la chaîne d’approvisionnement, surtout durant cette période d’incertitude liée à la crise sanitaire de la Covid-19.

Évolution du nombre de publications d’article sur le domaine de la supply chain finance entre 2001 et 2020.
auteurs

À ce jour, la littérature sur la supply chain finance est encore peu développée bien qu’en forte croissance. En effet, la plupart des études antérieures ont été orientées vers l’étude des flux d’information et des flux physiques de la supply chain. Par ailleurs, très peu d’études empiriques sont axées sur l’analyse de la supply chain finance.

C’est pourquoi, dans le cadre de notre étude, nous avons cherché à évaluer le niveau actuel de la recherche en supply chain finance. Cette analyse nous a permis de confirmer le potentiel d’une telle approche. Notre contribution a également eu pour objectif de développer les futures orientations de recherche pour les études en la matière.

Trois types de solutions

La supply chain finance repose avant tout sur le déploiement de plates-formes financières numériques. Elles existent depuis une dizaine d’années sous trois formes différentes.

Les premières furent développées par les donneurs d’ordres eux-mêmes, comme Carrefour, qui a conçu et dirigé les opérations, en prenant à son compte l’admission de nouveaux fournisseurs, ainsi que leurs problèmes de liquidité.

Les deuxièmes ont été conçues par de grandes banques commerciales qui les gèrent en fournissant du crédit à toute la supply chain. Ce type d’organisation est utilisé par Marks & Spencer, et Boeing par exemple.

Fonctionnement d’une solution de supply chain finance proposée par le groupe bancaire Crédit Agricole.
Site du Crédit Agricole

Les troisièmes enfin sont des plates-formes multibanques, et ce sont elles qui ont enregistré la plus forte croissance ces dernières années. Elles opèrent une séparation entre le concepteur du système (Kyriba, IBM, etc.) et l’organisme qui approvisionne la supply chain en liquidités (HSBC, Deutsche Bank, etc.), et assume les risques financiers.

Des donneurs d’ordres, comme Siemens ou Volvo, ont choisi cette formule. Finalement, la banque leader approvisionne environ 40 % des besoins de financement de la supply chain et le reste est fourni par une cohorte de banques locales disséminées partout dans le monde, là où se trouvent les fournisseurs ou les partenaires de l’opération.

Une optimisation de la trésorerie

Si les chercheurs s’intéressent de plus en plus aux apports de la supply chain finance, les gestionnaires eux n’y prêtent pas encore suffisamment attention. Pourtant, elle génère de nombreux avantages :

  • une réduction des pressions financières sur les parties prenantes de la chaîne d’approvisionnement en accédant à des taux d’intérêt moins élevés ;

  • des délais de paiement augmentés pour les acheteurs et réduits pour les fournisseurs ;

  • une amélioration des fonds de roulement des entreprises – c’est-à-dire de la trésorerie dont dispose l’entreprise pour payer ses charges d’exploitation, avant de recevoir les paiements de ses clients ;

  • enfin, un accès facilité au crédit commercial augmentant la visibilité financière.

La supply chain finance vise aussi à dégager de la liquidité au sein de la chaîne d’approvisionnement en capitalisant sur des technologies de pointe lorsque cela est nécessaire pour réduire le coût d’emprunt des entreprises partenaires, augmenter les fonds propres, éviter les perturbations de la chaîne d’approvisionnement par manque de financement, faciliter le financement des stocks, ou encore réduire les risques financiers des parties prenantes de la supply chain.

Enfin, l’analyse d’un échantillon d’initiatives dans le domaine de la supply chain finance nous permet de souligner l’importance d’utiliser une telle approche comme un outil stratégique pour améliorer les relations acheteur-fournisseur, optimiser la demande et l’offre, augmenter la capacité de générer de la trésorerie libre (c’est-à-dire après paiement des dépenses courantes et des investissements) pour investir dans ses magasins à travers le monde, ainsi que pour lisser sa chaîne d’approvisionnement de bout en bout afin d’accroître la satisfaction des clients.

Une démarche globale

La gestion des chaînes d’approvisionnement implique un grand nombre d’acteurs internes et externes à chaque entreprise. Notre analyse de la littérature confirme également le potentiel élevé de la supply chain finance en tant qu’outil d’optimisation de la cocréation de valeur financière.

Elle apparaît comme un facteur clé pour améliorer les performances de bout en bout de la supply chain et réduire les risques globaux de la chaîne d’approvisionnement ainsi que les risques financiers pour les fournisseurs. Par ailleurs, les analystes ont fait valoir le potentiel de la supply chain finance pour modifier la relation acheteur-fournisseur en leur permettant « de se concentrer sur leur relation commerciale mutuellement bénéfique, plutôt que de se concentrer sur les paiements ».

De plus, la supply chain finance oblige également les banques à réfléchir de plus en plus à divers mécanismes pour soutenir ce type de nouvelles initiatives dans une perspective gagnant-gagnant.

Notre étude souligne l’importance d’intégrer une vision holistique et donc également financière dans le domaine de la chaîne d’approvisionnement. En effet, en se concentrant également sur l’optimisation des flux de trésorerie de bout en bout et pas uniquement sur les flux d’information et les flux physiques, les acteurs de la chaîne d’approvisionnement pourraient améliorer leurs opérations pour une meilleure conception et production de produits dans une optique de durabilité des relations clients fournisseurs.

De nouveaux besoins à étudier

Certaines problématiques fondamentales, renforcées en période de crise sanitaire et économique, restent relativement absentes des travaux de recherche que nous avons analysés. C’est le cas notamment de la question du besoin croissant d’investissements dans des outils et des technologies de pointe (la blockchain et l’intelligence artificielle en général et le machine learning en particulier) pour soutenir les opérations de bout en bout de la chaîne d’approvisionnement.

Ces technologies jouent un rôle important dans la supply chain finance. Avec le contexte actuel, on s’attend à ce qu’elles deviennent encore plus stratégiques.

Par conséquent, selon nous, les études futures pourraient bien réfléchir à la manière dont les parties prenantes de la supply chain utilisent les outils et technologies de pointe pour « débloquer des capitaux afin de les utiliser et de réduire leur besoin d’emprunts traditionnels » ou pour créer de nouvelles sources de liquidités pour financer les transformations organisationnelles et interorganisationnelles nécessaires (par exemple, le financement d’investissement, le paiement anticipé des fournisseurs, la libération de liquidités pour les acheteurs, ou le déblocage d’énormes quantités de fonds de roulement et donc de trésorerie).

Par ailleurs, il nous semble fondamental d’explorer les contributions potentielles de la supply chain finance à la réduction de la pression financière créée par des événements extrêmes tels que la Covid-19 notamment sur les petites et moyennes entreprises contraintes par les processus traditionnels de prêt bancaire (notamment par le système de notation de risque crédit). La création d’un système de notation virtuelle du crédit pourrait par exemple favoriser la mise en œuvre des instruments de supply chain finance.




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Les études futures devraient également explorer l’impact du niveau de transformation de la numérisation des acteurs de la chaîne logistique sur l’adoption et l’utilisation des instruments de la supply chain finance. En effet, des recherches antérieures ont montré que « la mise en œuvre des solutions les plus complexes nécessite une numérisation complète du processus commercial ».

Incontestablement, la supply chain finance est amenée à jouer un rôle croissant dans l’optimisation financière des relations clients fournisseurs et par là même constituer un levier de création de valeur et de réduction des risques en pleine période d’incertitude.

The Conversation

Jean-François Verdié est membre de :
– l'AFTE, Association Française des Trésoriers d'Entreprise
– la DFCG, Association des Directeurs Financiers et Contrôleurs de Gestion
– de la SFEV, Société Française des Evaluateurs
– de l'ANDESE, Association Nationale des Docteurs en Economie et Sciences de Gestion
– de l'AFFI, Association Française de Finance

Samuel Fosso Wamba does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.



Jean-François Verdié, Professeur, Département Economie Finance, TBS Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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