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Nouvelles technologies

Pourquoi les agriculteurs n’utilisent pas plus de systèmes d’aide à la décision ?


Au cours des trois dernières décennies, les systèmes d’aide à la décision dans le domaine de la production agricole se sont développés et sont devenus plus accessibles aux agriculteurs. Malgré cela, les caractéristiques de l’exploitation, l’âge et le niveau d’éducation de l’agriculteur, les coûts élevés ainsi que la courbe d’apprentissage abrupte sont encore des obstacles à mise en œuvre efficace des systèmes d’aide à la décision.

Les systèmes d’aide à la décision constituent pourtant un outil viable pour fournir aux gestionnaires d’exploitations agricoles des données scientifiques fiables et, à long terme, augmenter l’innovation et réduire le gaspillage.

L’ensemble de ces systèmes, que l’on trouve sous la forme de logiciels utilisables sur un ordinateur ou bien sous la forme d’applications smartphone, suivent le même processus. La première étape d’un système fonctionnel consiste à collecter des données sur l’exploitation. Ensuite, ces informations sont analysées et alimentent différents modèles statistiques qui proposent une liste classée de stratégies alternatives en fonction du problème à résoudre.

Bien que les systèmes d’aide à la décision sont capables d’aider les agriculteurs à prendre des décisions optimales en matière de production, le taux d’utilisation de ces outils reste encore faible parmi les agriculteurs en raison, notamment, des différentes méthodes de production, des équipements des exploitations agricoles et des préférences personnelles des agriculteurs.

Une étude menée dans 12 pays européens

Dans le cadre du projet européen intitulé « IPM decisions », nous avons mené une étude à travers un questionnaire qui a été administré à des agriculteurs de 12 pays européens (France, Grèce, Lituanie, Danemark, Italie, Slovénie, Royaume-Uni, Suède, Finlande, Allemagne, et Pays-Bas) afin de récolter des données concernant les caractéristiques des agriculteurs ainsi que de leur exploitation, dans le but d’analyser les raisons de l’adoption des systèmes d’aide à la décision.

Le questionnaire a été physiquement administré dans le cadre d’ateliers de réflexion organisés dans plusieurs villes d’Europe. Au total, 144 agriculteurs ont répondu positivement à l’invitation (taux de réponse de 90 %) et se sont présentés physiquement à l’enquête où ils ont volontairement rempli un questionnaire.

À partir de la donnée collectée, ces systèmes établissent une liste de stratégies face à un problème donnée.
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Les résultats de l’étude montrent en particulier que la taille de la ferme, le type de ferme, ainsi que la disposition à payer pour le produit influencent significativement la décision d’utiliser ou non un système d’aide à la décision.

Plus précisément, les grandes exploitations, ainsi que les exploitations principalement axées sur la production de légumes, sont plus susceptibles d’utiliser un système d’aide à la décision pour la lutte antiparasitaire. Les résultats montrent également que le type de communication auquel un agriculteur a été exposé, ainsi que le type d’exploitation, ont un impact significatif sur le niveau de confiance des agriculteurs vis-à-vis des systèmes d’aide à la décision.

Les fermes intégrées, ainsi que les fermes biodynamiques qui tiennent compte de l’influence des astres et favorisent l’usage de produits entièrement naturels pour entretenir les cultures et dynamiser les sols, affichent un niveau de confiance nettement plus élevé que les autres types de fermes.

En outre, les agriculteurs ont un niveau de confiance significativement plus faible pour les systèmes d’aide à la décision lorsqu’ils ont été la cible de campagnes marketing « classiques », tandis que leur confiance apparaît nettement plus élevée lorsqu’ils ont participé à une démonstration du produit.

Des pistes d’amélioration diverses et variées

Alors que la production agricole mondiale ne cesse de croître, les évolutions rapides des technologies agricoles appellent à une utilisation plus soutenue des systèmes d’aide à la décision. La plupart des contraintes identifiées dans cet article découlent des incohérences entre les besoins des exploitants et les services fournis par les développeurs des systèmes d’aide à la décision.

Les solutions proposées par ces outils ne sont pas encore totalement adaptées à leur utilisation continue dans une exploitation agricole. La polyvalence des systèmes d’aide à la décision devrait être une priorité pour les développeurs. Il est difficile de convaincre un agriculteur d’adopter les systèmes d’aide à la décision si l’outil ne répond que partiellement à ses besoins, ne couvrant la gestion que d’une partie de son exploitation.

Par ailleurs, en ce qui concerne certains outils, l’isolement géographique de certaines fermes n’est pas compatible avec la nécessité d’être connecté en permanence à Internet. Les futures versions des systèmes d’aide à la décision devraient s’efforcer d’accroître la connectivité de leurs produits en utilisant des technologies satellitaires ou d’autres méthodes appropriées.

L’isolement géographique et une faible connectivité freinent l’adoption de systèmes d’aide à la décision.
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Enfin, la commercialisation des systèmes d’aide à la décision gagnerait à être accompagnée de démonstrations régulières des produits afin de mieux convaincre les gérants des exploitations. Pour finir, la problématique du coût d’achat peut également être mentionnée, représentant parfois un coût fixe important pour des exploitations de taille modeste. Du point de vue des agriculteurs, il serait certainement plus pratique d’accéder aux systèmes d’aide à la décision en payant un abonnement mensuel sans coût d’entrée. En plus d’être financièrement plus accessible, ce modèle économique aurait également le mérite d’inciter les agriculteurs à tester les différents outils afin de vérifier qu’ils correspondent bien à leurs besoins.



Jean-Christian Tisserand, Professeur permanent en économie, Burgundy School of Business

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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