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A savoir

La « fin de l’abondance », une chance pour renouer avec notre humanité

Lors du conseil des ministres du 24 août dernier, le président de la République Emmanuel Macron a évoqué « la fin de l’abondance », « la fin de l’évidence » et « la fin de l’insouciance ». Ces propos ont immédiatement suscité des réactions vives, notamment parce qu’ils résonnent différemment selon la situation sociale de chacun.

Si tu es dans une période d’incertitude, de hausse des prix, de tensions géopolitiques ou de fatigue face aux crises successives, tu peux avoir l’impression que cette formule tombe à côté de la réalité. Et pourtant, derrière la provocation apparente, il y a une idée plus profonde : le monde n’est plus aussi prévisible qu’avant, et il devient difficile de continuer à vivre comme si tout allait de soi.

Le vrai sujet n’est donc pas seulement l’« abondance ». C’est surtout la fin d’un certain confort intellectuel : l’idée qu’il existerait un modèle unique, stable, sans vraie alternative, capable de tout maîtriser. C’est cette évidence-là qu’il faut questionner.

L’essentiel a retenir : l’article explique que la vraie rupture n’est pas seulement économique, mais surtout mentale et culturelle.

  • Le monde n’est plus aussi prévisible qu’avant.
  • L’idée de « retour à la normale » est trompeuse.
  • Les crises climatiques, sanitaires et géopolitiques se cumulent.
  • Il faut interroger nos habitudes de consommation et de progrès.
  • La lucidité demande du courage, pas du fatalisme.
  • L’humain avance en acceptant le doute et le changement.

« There is no alternative »

Depuis l’effondrement du mur de Berlin, une idée s’est imposée dans beaucoup d’esprits : il n’y aurait pas d’alternative au libéralisme, au capitalisme et au développement technologique intensif. C’est ce que Margaret Thatcher résumait avec la formule devenue célèbre : TINA, pour There Is No Alternative.

Concrètement, cela a nourri une vision du monde où l’on pensait pouvoir tout organiser, tout sécuriser, tout optimiser. La nature devait être mise sous contrôle, la technique devait résoudre les problèmes, et le progrès devait garantir à la fois la paix civile, la sécurité et l’abondance. Dans les faits, cette promesse a longtemps rassuré, parce qu’elle donnait l’impression qu’il suffisait de continuer dans la même direction.

Le problème, c’est que cette certitude s’est fragilisée. Même avant le Covid-19, les crises s’accumulaient déjà : attentats, crise financière, catastrophe de Fukushima, tensions sociales, épuisement des ressources. Pourtant, beaucoup de discours continuaient à promettre un simple « retour à la normale », comme si rien n’avait vraiment changé.

Or, dans la pratique, il n’y a pas de retour automatique en arrière. Une crise révèle souvent ce qu’on refusait de voir : notre dépendance à des équilibres précaires, notre vulnérabilité collective, et notre difficulté à penser autrement que dans le cadre habituel.

Pourquoi vouloir la 5G ?

La question posée ici n’est pas seulement technologique. Elle est beaucoup plus large : pourquoi voulons-nous sans cesse plus de vitesse, plus d’équipements, plus de renouvellement, plus de performance ?

Par exemple, vouloir un nouvel iPhone, la 5G, de nouveaux logiciels ou de nouveaux usages numériques n’est pas anodin. Cela implique très concrètement de fabriquer de nouveaux appareils, d’extraire davantage de métaux rares, de remplacer des équipements encore fonctionnels et d’accélérer l’obsolescence des précédents. Ce que cela change pour toi, c’est que le progrès n’est jamais neutre : il a un coût matériel, écologique et social.

Dans la majorité des cas, on ne se demande pas assez si le besoin est réel ou simplement entretenu par l’habitude, la publicité ou la pression sociale. On confond facilement désir, confort et nécessité. C’est précisément là qu’il devient utile de reprendre du recul : qu’est-ce qui est vraiment utile, qu’est-ce qui relève du gadget, et qu’est-ce qui finit par abîmer les ressources communes ?

Sur le terrain, les professionnels observent souvent que les grandes transitions commencent par une question simple : de quoi avons-nous réellement besoin pour vivre bien, durablement, et pas seulement pour consommer plus ? Cette question vaut pour la technologie, mais aussi pour les modes de vie, les politiques publiques et les choix individuels.

Mis en demeure

L’être humain est ambivalent. D’un côté, il cherche à maîtriser son environnement. De l’autre, il reste vulnérable, exposé aux accidents, aux crises et à l’imprévu. Cette tension n’est pas un défaut : elle fait partie de notre condition.

Marcher, par exemple, est une bonne image de cette réalité. Concrètement, avancer suppose toujours un léger déséquilibre. On se projette vers l’avant, mais on doit sans cesse retrouver l’appui du sol. C’est exactement ce qui se passe dans la vie : on avance en acceptant une part d’incertitude, sans quoi on reste immobile.

Si tu es habitué à te sentir en sécurité dans tes routines, ce passage peut être inconfortable. Mais c’est aussi ce qui permet de grandir. Rester figé dans ses certitudes donne une impression de stabilité, alors qu’en réalité cela empêche d’adapter ses choix aux transformations du monde.

Depuis 1989, l’acronyme TINA a fonctionné comme un sol mental : un seul monde semblait possible, un seul modèle paraissait viable. Les crises récentes ont fissuré cette certitude. Elles nous obligent à lever les yeux, à regarder autrement, et à accepter que certaines évidences ne tiennent plus.

Du monde à l’« immonde »

Il faut ici éviter deux excès. Le premier serait de croire que tout va bien et qu’il suffit de continuer comme avant. Le second serait de tomber dans le désespoir permanent, comme si toute difficulté annulait la possibilité même de vivre.

En pratique, une vie humaine tient dans un équilibre délicat entre des repères stables et une capacité à remettre en question ce qui doit l’être. L’abondance, l’insouciance et les évidences peuvent donner du confort, mais elles deviennent problématiques si elles empêchent toute lucidité. À l’inverse, un monde fait uniquement de manque, d’angoisse et de doute devient invivable.

C’est là le sens du mot « immonde » dans le texte : un monde où il n’y aurait plus aucun appui, plus aucun sens partagé, plus aucune possibilité de se projeter. Ce n’est pas ce qu’il faut chercher. Le bon cap consiste plutôt à garder ce qui soutient la vie, tout en abandonnant ce qui nous enferme dans des habitudes devenues nocives.

Autrement dit, il ne s’agit pas de renoncer à toute forme de sécurité ou de confort. Il s’agit de distinguer ce qui protège réellement de ce qui endort. Cette nuance est essentielle si tu veux comprendre la portée du propos : la crise peut devenir une opportunité de lucidité, à condition de ne pas la transformer en paralysie.

Courage

Alors, comment faire ? Comment vivre quand les repères bougent, quand les crises se succèdent et quand l’avenir paraît moins lisible ? La réponse proposée ici tient en un mot : courage.

Mais il ne faut pas le comprendre comme une posture héroïque ou abstraite. Dans la pratique, le courage consiste à regarder la réalité sans se mentir, à accepter de trier entre ce qu’il faut garder et ce qu’il faut changer, et à faire ce travail sans céder ni au déni ni à la panique.

Le texte insiste sur un point important : tant qu’on est vivant, il existe toujours un sol minimal. Ce sol, c’est la vie elle-même, avec tout ce qu’elle nous a déjà appris depuis l’enfance : parler, échanger, habiter un monde commun, construire des liens, transmettre, coopérer. Ce sont des acquis précieux, souvent invisibles parce qu’ils sont devenus familiers.

Ce qu’il faut faire ensuite, c’est exercer un discernement. Garder ce qui permet de vivre mieux ensemble. Abandonner ce qui épuise les ressources, aggrave les tensions ou entretient des illusions. Dans cette logique, l’éducation joue un rôle central : elle aide à apprendre à penser, à comparer, à hiérarchiser, à choisir.

Si tu hésites encore sur la manière d’aborder ce type de crise, retiens ceci : il ne s’agit pas de tout remettre en cause, mais de remettre en question ce qui doit l’être. C’est une différence décisive. L’objectif n’est pas de détruire les repères, mais de les rendre plus justes, plus solides et plus compatibles avec le réel.

Au fond, l’article invite à une forme de maturité collective. Non pas croire aveuglément au progrès, non pas regretter un passé idéalisé, mais apprendre à vivre dans un monde moins évident, avec plus de lucidité, plus de responsabilité et plus de courage.

FAQ

Que signifie l’expression « la fin de l’abondance » ?

Elle désigne la fin d’un sentiment de confort illimité. Dans le texte, l’expression renvoie surtout à la prise de conscience que les ressources, la stabilité et la croissance ne peuvent plus être considérées comme acquises.

Pourquoi Emmanuel Macron parle-t-il de « la fin de l’évidence » ?

Il veut signaler que le monde n’est plus aussi simple ni aussi prévisible qu’avant. Les crises successives montrent que les certitudes d’hier ne suffisent plus à comprendre la situation actuelle.

Que veut dire TINA ?

TINA signifie « There Is No Alternative », soit « il n’y a pas d’alternative ». Cette formule a servi à résumer l’idée qu’un seul modèle économique et politique serait viable.

Pourquoi l’auteur critique-t-il le retour à la normale ?

Parce qu’un retour pur et simple à l’état d’avant est illusoire. Les crises récentes ont modifié durablement les conditions de vie, les équilibres économiques et notre rapport au monde.

En quoi la 5G est-elle un exemple dans l’article ?

Elle illustre la logique du progrès technique poussé sans questionnement. L’auteur s’en sert pour montrer que chaque innovation a un coût matériel, écologique et social qu’il faut regarder en face.

Pourquoi parle-t-on de courage à la fin du texte ?

Parce qu’affronter le réel demande de renoncer aux illusions rassurantes. Le courage consiste ici à accepter l’incertitude tout en gardant ce qui soutient la vie et la solidarité.

Comment comprendre l’idée de « monde immonde » ?

Elle désigne un monde devenu invivable parce qu’il n’offre plus aucun appui, plus aucun sens commun et plus aucune possibilité de se projeter. L’auteur l’oppose à un monde humain, fait d’équilibre entre stabilité et remise en question.

Laurent Bibard, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité, ESSEC

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.


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